Passerelles

Coop Lucette: notre projet social d'accueil de personnes exilées

Déjà 600 sociétaires, pour près de 485 000 euros. Le lieu est acquis, les travaux ont commencé.

Festival Les murs ne servent à rien 2026
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Discours d'ouverture du festival Les murs ne servent à rien 2026.

Bienvenue sur la dixième édition de notre festival Les murs ne servent à rien.

Si nous avons voulu introduire cette soirée d’ouverture par une chanson, L’inconnu en personne de Bertrand Belin, que nous remercions pour le prêt de ce morceau, c’est parce qu’elle montre combien nous avons besoin de la culture, de la poésie, des mots, de la narration dans notre lutte contre la déshumanisation des personnes exilées. C’est ce que nous tentons de faire, depuis 10 ans ici, avec des films, des textes, des photographies. Pour ne pas que le mot « migrant », « ce participe présent qui maintient les exilés en l’air » comme le dit Marie Darieussecq, prenne le dessus. Non. Les personnes exilées ont un passé, un avenir, des souhaits, des regrets, des droits, elles existent, les pieds posés au sol, là où elles sont. Et la culture est politique en ce qu’elle nous permet de porter leur histoire, un discours, des valeurs, du sens, en passant par les chemins sensibles.

Il y a 10 ans, ici même, nous présentions le film Les Messagers dont est extrait le titre de notre festival.
Les murs ne servent à rien, face à des personnes qui ont déjà fait 1000 km. Ces mots sont prononcés dans le film par un gendarme de la Guardia Civil, à la frontière de l’enclave de Melilla. Il est vertigineux de voir, 10 ans plus tard, avec les évènements d’août à Ceuta, combien les réponses politiques à l’enjeu de la migration ne changent pas. L’externalisation des frontières européennes est en marche, ne réduisant en rien leur militarisation, leur violence, l’expansion des murs, des barbelés, et plaçant les personnes exilées dans un véritable piège, celui de la pression migratoire, piège se refermant aussi sur des Etats européens coupables.

Dans un continuum effrayant, les droits des personnes en exil sont remis en cause partout, nous amenant aujourd’hui en Europe au vote du Pacte Asile et immigration et du Règlement Retour. C’est tout simplement la victoire de la peur, de l’enfermement, de l’encampement.

Pour préparer ce discours, nous avons l’habitude de relever les faits en lien avec la migration, de les noter au fil des mois. Cette année, cette veille s’est avérée quotidienne et épuisante. La liste de faits créée ressemblerait à un mauvais poème surréaliste, si elle n’était pas véridique :

Le guide de Frontex, destiné aux enfants, pour dédramatiser leur renvoi forcé à venir

Les images insoutenables des arrestations commises par les agents de l’ICE aux États Unis, les morts qui s’en suivent dans la rue ou dans les centres fermés

Les crocodiles et les serpents, imaginés par l’Inde pour empêcher les entrées de personnes en exil à leur frontière avec le Bangladesh

Les renvois forcés de plus de 400.000 Afghans cette année dans leur pays, principalement depuis l'Iran et le Pakistan.

Le renforcement de la coordination entre Etats membres de l'Union Européenne et autorités afghanes concernant les retours dans un pays où 45% de la population ont besoin d'aide humanitaire.

La prime de l’Etat italien donnée aux avocats qui parviennent à convaincre leurs clients exilés de quitter le pays, via le rapatriement volontaire assisté.

L’injonction de la Suède à la dénonciation de vos collègues s’ils hébergent des personnes sans-papiers

Le jeu vidéo de la Maison Blanche, où l’objectif est d’expulser des immigrés ou de construire un mur frontière

L’intention d’un des candidats français de supprimer le droit du sol, le droit d’asile et le regroupement familial à Mayotte

Et bien sûr, la vieille ritournelle de l’interdiction du voile dans l’espace public.

Face à la banalisation des discours de rejet des personnes en déplacement, face aux préjugés, aux violences, aux fausses informations, nous poursuivons notre travail. Au fil des années, des personnages, des personnes dont l’histoire a été racontée ici dans une lecture, dans un film, ont marqué les esprits. On nous demande des nouvelles de Marie José Tubiana, chercheuse dans le film La Combattante. On nous parle, souvent, des personnes évoquées dans Le chant des vivants, autour de l’association Limbo. Restent quelque-part dans cette salle des échos des mots de Sardar, le jeune homme afghan dans Cœur de pierre,

de Cristina Cattaneo, la médecin légiste dans Naufragés sans visage,

des entretiens d’asile rejoués du film L’audition,

des prières du frère de Pateh, dans La dernière rive.

Ces histoires nous les portons et nous les croisons avec des travaux de chercheurs, de journalistes, des conférences, des cartes, des chiffres car ils sont oh combien nécessaires, eux aussi, pour lutter et défendre une vision du monde.

Cette vision, c’est celle d’un monde qui n’est qu’un, celle du respect des droits, de l’hospitalité. Celle de la Maison Lucette que nous avons achetée, qui est désormais ouverte, et qui est pour nous un symbole fort : accueillir dans ces temps de droitisation, construire cet accueil sérieusement, le penser, le modeler, en conscience des enjeux. Montrer que c’est possible, en milieu rural. Nous vous raconterons toute cette aventure dimanche matin, ici.

Nous voulons remercier chaleureusement tout ceux sans qui le festival ne serait tout simplement pas possible :

l’équipe Passerelles

les dizaines de bénévoles,

l’équipe de la Halle,

et bien sûr nos financeurs : la DRAC ethnologie, La communauté de Communes Dieulefit Bourdeaux, la Ville de Dieulefit, Amnesty International, le programme Recital ODD et la Poule Rousse.

Au moment où nous écrivons ces mots, C’était ça ou mourir, de Thélyson Orélien est le livre le plus vendu en France, et sera bientôt traduit dans 35 langues. Qui aurait cru que ce récit, un des plus beaux écrits sur la route migratoire, puisse devenir un best-seller ?

Oui les récits sont une force.

L’inconnu en personne, nous voulons le rencontrer.
...

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